La médina

Edifiée en 1848. la porte de France ouvre sur la médina, jadis cernée d'épais remparts. A votre droite, un somptueux édifice de style mauresque (qui n'est pas sans évoquer quelque palais des Mille et Une Nuits) abrite l'ambassade britannique. La porte franchie, prenez un peu à gauche pour rejoindre la rue Djamâ-ez-Zitouna. principale artère de la vieille ville.

Pénétrer dans ce dédale tout en contrastes est un régal pour les sens: les couleurs éclatent, les bijoux et les cuivres rutilent, l'odeur du cuir fraîchement tanné enivre. Encens et essences aromatiques embaument, parfois dominés par le fumet d'un méchoui ou par l'arôme du café moulu. Assourdi par le martèlement montant des échoppes et par le glissement incessant des babouches sur les pavés, l'appel du muezzin retentit, lancé d'un proche minaret.

C'est à la Djamâ ez Zitouna (mosquée de l'Olivier ou Grande Mosquée) que bal le pouls de la médina. Construit en 732, l'édifice a connu maintes adjonctions et transformations au cours des siècles. Restaurée entre 1962 et 1964. cette mosquée reste (malheureusement) réservée aux musulmans, seuls admis à contem-

pler ses dentelles de stuc, sa forêt de colonnes en marbre et ses lustres de cristal. En dehors des heures de prière (donc de 8 à 11 h.chaque jour sauf vendredi), les visiteurs peuvent toutefois accéder à la galerie supérieure. Vous ne verrez pas l'essentiel; mais, pour quelques centaines de millimes, un guide improvisé vous décrira les lieux par le menu.

Les grands souks (les plus intéressants) s'agglutinent autour de la Zitouna. Ame de la médina, ces ruelles, voûtées depuis 1275 environ, se sont multipliées au cours des siècles. Commerçants et artisans s'y installèrent progressivement.

Ces carreaux vernissés égarent les terrasses de la médina, à Tunis, dans le quartier de leur choix. Les corporations privilégiées parfumeurs, libraires, orfèvres - se virent attribuer les meilleurs emplacements, près de la mosquée. Jugés bruyants, ferronniers et selliers durent s'établir plus loin (afin de ne pas troubler la récitation des 99 noms d'Allah), tandis que les infortunés tanneurs, aux activités indispensables mais nauséabondes, étaient repoussés au-delà des remparts.

Le tourisme et les impératifs du commerce moderne ont quelque peu modifié l'aspect de ce «grand magasin» à l'orientale. Plusieurs venelles des vieux souks abritent toujours les anciennes corporations, mais il est plus courant, aujourd'hui, de voir différentes échoppes regroupées dans le même souk.

En longeant le mur nord de la Grande Mosquée, vous parcourrez le souk el Attarine (souk des Parfumeurs). Ici, la moindre échoppe regorge de fioles emplies de précieuses essences: huiles parfumées à la rose ou à l'amande, au citron ou à la girofle. On vous proposera - si vous ne voulez pas un parfum tout prêt - un mélange subtil, concocté devant vous. Remarquez les étranges chandeliers à branches multiples, suspendus dans les boutiques des parfumeurs: lors des mariages, ils ouvrent la procession menant la jeune épousée à son nouveau domicile.

Le souk el Koumach (souk des Drapiers), l'un des plus tranquilles, frange le mur ouest de la Zitouna. Tendus en travers des ruelles, draps et pièces de tissu étouffent les vives palabres des boutiquiers. Situé près de l'angle sud-ouest de la mosquée, le souk des Orfèvres mettra votre sens de l'orientation à rude épreuve. L'or et l'argent luisent de mille feux dans ce labyrinthe où allées et ruelles s'enchevêtrent. Frappant le métal, les petits marteaux s'activent: des sifflements s'échappent des forges; gorgées d'or, de perles, de pierres précieuses el de corail, les vitrines scintillent.

A moins d'être dûment introduit, vous ne percerez pas les secrets de la médina: telle porte de bois d'aspect vétusté masque une skifa, confortable salon familial, et plus loin, tel lourd portail décoré de clous cache un somptueux palais. Nombre de ces luxueuses demeures - reconverties en musées ou en bâtiments administratifs - restent cependant ouvertes au public.

Le Dar Hussein, un palais du XVIIIe siècle situé au sud de la Zitouna. loge aujourd'hui le musée d'Art islamique, dont la riche collection de monnaies hafsides, corans enluminés, vêtements brodés et objets anciens, a été temporairement transférée au Bardo en raison de travaux. Mais la collection est (presque) secondaire, comparée à la somptueuse décoration de l'édifice: murs carrelés de céramique, arches el fenêtres dentelées de stuc. Tout. ici. semble destiné au plaisir des yeux.

La mosquée et le mausolée d'Hammoûda pacha (1655) rappellent un épisode significatif de l'histoire tunisienne. En prenant le pouvoir au pays de Didon. les gouverneurs ottomans y introduisirent leur foi. un islam d'obédience hanéfite. légèrement distinct du rite ma-lékite observé par les Tunisiens. Pour mieux afficher cette différence. Hammoûda pacha dota sa mosquée d'un minaret octogonal (ceux du Maghreb ont un plan carré), surmonté d'un kiosque. Saisissants, les motifs noirs et blancs du nouvel édifice, l'un des plus beaux des vieux quartiers, conférèrent une touche «exotique» à la médina.

Dominant la mosquée, le Dar el Bey (demeure du Bey), perché sur une colline, abrite aujourd'hui le ministère des Affaires étrangères. Cette ancienne résidence beylicale, bâtie au XVIIcsiècle. a subi maintes restaurations. Transformées en bureaux, ses multiples pièces bourdonnent d'activité: le crépitement des machines à écrire, le va-et-vient des fonctionnaires chargés de dossiers. semblent presque incongrus dans un pareil cadre! Devant le portail de pierre, des factionnaires en tunique rouge aux épaulettes or. coiffés d'un casque blanc, veillent impassibles.

En gagnant les quartiers sud de la médina. Ton parvient au Dar ben Abdallah, où s'est installé le musée des Arts et Traditions populaires. Autre palais beylical (du XVIIIe siècle celui-ci), rénové dans le style italianisant, cet édifice foisonne de cours intérieures, merveilleusement décorées. Laissez vagabonder votre imagination et remontez dans le temps: vous voici à l'époque des corsaires et des princes-marchands, revendeurs de butins et randonneurs de riches captifs...