Carthage

C'est ici que naquit la première puissance de l'Afrique du Nord, fondée par les Phéniciens. Cruel destin que celui de la capitale punique, théâtre d'affrontements séculaires! Conquise, détruite puis rebâtie par les Romains, auxquels succédèrent les Vandales. Carthage n'était plus que décombres lorsque les Arabes s'en emparèrent en 692. Ceux-ci n'eurent qu'à se servir: les glorieuses pierres permirent la construction de Tunis, la nouvelle capitale. Deux siècles plus tard. Carthage avait définitivement sombré dans l'oubli... Aujourd'hui, villas et pavillons ceinturent les vestiges de l'ancienne cité, devenue banlieue résidentielle à la mode - engouement que favorisent la beauté du site el la proximité de la mer. Pour couvrir les 18 kilomètres qui la séparent de Tunis, il suffit d'emprunter le T.G.M. (le célèbre petit train électrique de la ligne Tunis-La (iouletle-La Marsa). Vous trouverez la gare en suivant l'avenue Bourguiba jusqu'au port.

Descendez à la station Car-thage-Salammbô pour aller visiter le tophel (sanctuaire) de Tanit et de Baal Hammon. tout proche. Durant des siècles, les Carthaginois y sacrifièrent des milliers d'enfants - les premiers-nés en général - à leurs dieux cruels; les cœurs des petites victimes étaient brûlés sur l'autel sacrificiel, et les restes incinérés et déposés dans des urnes. Des stèles marquaient remplacement des sépultures. Ne manquez pas de voir le musée national de Carthage: le mieux, pour cela, est de quitter le train à Carthage-Dermech ou à Carthage-Hannibal; il vous faudra ensuite gravir la (proche) colline de Byrsa. Bel édifice doté d'une façade composée de deux arcades superposées - notez la beauté des colonnades de marbre -, le musée présente stèles puniques et sarcophages romains, sculptures gréco-romaines et objets de toilette féminine d'époque carthaginoise. A l'ombre des cyprès, des pins et des eucalyptus, d'autres statues émaillentle parc voisin. Avancez prudemment, car vous vous déplacez sur des ruines encore inexplorées. Un chaos de blocs, de trous et de cavités souvent masqués rend l'exploration de ces vestiges fascinante et périlleuse à la fois.

Vivement conseillée, l'ascension de l'escalier spirale menant aux toits de l'ancienne cathédrale Saint-Louis (1890). De là-haut, vous jouirez d'une vue splendide: à vos pieds les ruines de Carthage. la campagne environnante, et au loin Tunis.

A proximité des stations de Dermech. Hannibal et Carthage-Présidencc. d'autres champs de ruines impressionnants s'offrent à l'exploration. Construits au IIe siècle de notre ère. les Thermes d'Antonin comptaient peu de rivaux dans l'Empire romain. Lieu de rencontres privilégié d'une société florissante, le complexe comportait une centaine de pièces, chacune affectée à un usage particulier: bains chauds ou froids, bains de vapeur: piscines agrémentées de fontaines, de mosaïques et de fresques: salles à manger, salons de massage... tout ici concourait au bien-être. Sur une petite plateforme d'observation, une dalle en marbre gravée porte un plan détaillé et parfaitement conservé de ces installations.

Surplombant les bains, un joli parc, envahi par les fleurs, renferme quelques fragments d'intéressantes mosaïques: vous y découvrirez aussi les vestiges d'anciens édifices, disséminés parmi les fourrés.

A petite distance du parc -suivez les panneaux indicateurs -, vous pourrez admirer les «villas romaines-), vaste ensemble de ruines comprenant un odéon et de nombreuses demeures patriciennes. Partiellement reconstituée, une villa du IIe siècle (dite «maison de la Volière») héberge un petit musée retraçant la vie quotidienne dans l'Antiquité. Alentour, rien n'a changé: ni le site avec ses verdoyantes et molles collines, ni les lézards qui hantent les pierrailles, ni les mantes religieuses, figées sur quelque feuille. D'ici, vous apercevez la retraite carthaginoise du président tunisien, une villa massive, édifiée sur une avancée de la côte.

Il reste peu de traces de ['odéon, démantelé par les Vandales, mais le théâtre du IIe siècle, situé en contrebas, a été minutieusement restauré. Avec tant de zèle, prétendent les historiens, qu'il doit bien davantage au XXe siècle qu'à l'Antiquité! Mais qu'importe: lors du Festival de Carthage. une tragédie antique, jouée ici par une chaude nuit d'été, reste un souvenir impérissable.