Ksour et Ghorfas

Fidèles à leurs origines berbères, les peuples du Sud tunisien restent, certains au moins, nomades. Si nombre d'entre eux n'ont pas résisté aux tentations de la vie sédentaire, leur langue et leurs coutumes subsistent, farouchement préservées. Fuyant l'envahisseur - en l'occurrence les Béni Milal -, les Berbères se réfugièrent dans les collines au XIe siècle. Forteresses, greniers et habitations y furent rapidement édifiés. De nos jours, si certains sont abandonnés, d'autres sont toujours utilisés.

Le Sud tunisien possède son vocabulaire propre; en connaître quelques mots vous rendra sans doute de grands services. Commençons par la ghorfa, qui n'est autre que le grenier berbère; elle se présente comme une pièce rectangulaire, surmontée d'un toit semi-cylindrique. Evoquant souvent des nids d'abeilles, les ghorfas s'étagent sur trois ou quatre niveaux. Disposées autour d'une cour rectangulaire et ouverte, elles forment un ksar* ou village fortifié. En temps de paix, les villageois se réunissaient sur la place centrale, où chaque semaine se tenait le marché. Le ksar constituait en revanche un bastion idéal - et quasi imprenable -en cas d'agression ou de guerre. En dernière extrémité, les autochtones gagnaient la kalaâ (citadelle) surplombant le village. Plus personne n'habite de nos jours ksour. kalaâs et autres ghorfas. quand bien même les habitations des alentours s'en inspirent sur le plan architectural.

Bruissante d'activité, Médenine servait jadis d'entrepôt. voué au stockage du grain; quelques douzaines de ghorfas (Médenine en compta jusqu'à 6000) s'ordonnent autour de trois places, témoins d'une époque révolue. Celles de Méta-meur, un village tout proche. vous paraîtront sans doute plus pittoresques encore.

Les bastions berbères vous fascinent? Dirigez-vous alors plein sud. et gagnez Foum Tataouine et les ksour d'altitude. Parvenu à Chfnini. localité rivée à la montagne, vous distinguerez une petite mosquée blanche; le village lui-même, tous contours estompés, est comme noyé dans l'amas rocheux, camouflage infaillible qui trompait les pillards montant des basses vallées. Malgré ses ruines, ses ghorfas croulantes. Chenini garde quelques habitants. La bourgade est par ailleurs fréquentée par des arles étages supérieurs servent de greniers, où le grain est monté dans des seaux. Vous noterez que nombre de maisons disposent de pièces supplémentaires, creusées dans le rocher.

Pour gagner la kalaâ de Gurrmessa - un vrai nid d'aigle! -, il vous faudra escalader un rude sentier, seule voie d'accès possible. A l'arrivée, vous ne le regretterez pas: le panorama sur la vallée est stupéfiant. Poursuivez votre «expédition» jusqu'à GHOUMRASSEK,

célèbre pour ses habitations troglodytiques. Et si la fatigue se fait sentir, pensez à Ksar Haddaoa pour votre première nuit "berbère"; la marhala (auberge) locale vous cédera l'une de ses ghorfas revues et corrigées par l'Office du Tourisme tunisien.