Kébili et Douz

Qu'imaginer de plus dépaysant qu'un voyage au pays des dunes? Une bonne route - roulante - relie Gabès aux oasis de Kébili et de Douz. proches du Chott el Djérid et du Grand Erg oriental. Au passage, arrêtez-vous à El Hamma, dont les eaux sulfureuses étaient déjà appréciées des Romains. Dans ce paysage uniformément ocre, s'esquissent, au sud. les contreforts du djebel Tcbaga, et, au nord, l'enfer salin du Chott el Fedjcdj.

A la lisière du Chott cl Djérid, l'oasis de Kébili connut des temps épiques: la Légion y tint garnison dans deux pittoresques petits forts, reconvertis aujourd'hui en hôtels-restaurants. Il y a à peine plus d'un siècle, Kébili était encore un actif marché aux esclaves.

Passé Kébili, vous pénétrez au royaume des grandes dunes. Ne redoutez pas de vous y enliser: de part et d'autre de la route, des palissades contiennent l'envahissante progression des sables. A mi-chemin de Kébili et de Douz, le pittoresque hameau de Djkmnah vit encore selon un rythme an-cestral: des jeunes filles, une jarre sur l'épaule, reviennent de quelque fontaine, tandis qu'impavides sous le soleil des chameaux attendent d'être chargés.

Une double haie d'eucalyptus signale l'entrée de Douz, tapie dans son berceau de sable. Imprégné de fragrances, l'air vibre, léger et tonifiant. Quelques taches blanches -des édifices publics - rompent l'uniformité de la ville, ocre des toits au sol; seule artère asphaltée, la «grand-rue» tranche sur la rudesse des ruelles, simples pistes tracées dans le sable. Chaque cour abrite le véhicule familial: quelque «vaisseau du désert» ou, plus rarement, une Land-Rover.

Le jeudi, jour de marché, la cité s'anime; venues des petites oasis voisines, des tribus semi-nomades affluent vers Douz. et la place centrale se mue en bazar. Il faut voir les acheteurs, en burnous brun et en kefieh blanc, tâter. s'emporter, gesticuler, penchés sur les sacs de laine. les piles de vêtements neufs ou usagés, les tas de légumes et les bottes de fourrage. Les cafés sont bondés, tout comme la boulangerie du coin.

Le pittoresque atteint son comble au marché aux chameaux; contestations et commentaires aigres-doux accompagnent chaque tractation. «Comment oses-tu vendre cette pauvre chose décrépite?», s'indigne le client. «Elle ne vaut même pas une figue!»

Le vendeur, atterré par tant d'effronterie, de protester et de se débattre comme un beau diable, soutenant que sa bête vient tout juste de sortir du ventre de sa mère, qu'elle est encore dans sa prime jeunesse: «Elle n'a jamais eu l'ombre d'une maladie, et elle se porte comme un charme, puisse Allah en témoigner!» A l'occasion, le chameau blatère. Alors, l'acheteur et le vendeur s'efforcent de tirer parti de son cri rauque pour relancer le marchandage.

Vous n'oublierez pas de sitôt un tel spectacle, même si les méandres de la conversation vous échappent complètement.

Il faut venir à Douz en décembre pour assister au Festival du Sahara. Soirées théâtrales ou folkloriques, concours de tir ou combats de chameaux se succèdent pendant une semaine. On y versifie dans des joutes poétiques, et les cavaliers du désert présentent une fantasia à suspense : la nça n t leurs fougueuses montures sur l'assistance - quelques coups de feu en l'air et force cris belliqueux auront, auparavant, excité les chevaux -, ils ne les retiendront qu'au dernier moment, laissant l'assistance pantelante.