Gafsa, Tozeur et Nefta

Au cœur du pays des phosphates, (iafsa, cite laborieuse peuplée de fonctionnaires, de mineurs et de petits négociants, n'a rien de l'oasis classique. Cité-étape, l'antique Capsa s'élève à la croisée de l'axe nord-sud et des routes de l'ouest. Vous pourrez vous y arrêter pour la nuit, non sans avoir visité la casbah et la piscine romaine. Embaumant le jasmin, un ravissant jardin public (où vous remarquerez un buste du président Bourguiba) agrémente le centre-ville; l'oasis toute proche produit noix et fruits, abondants et délicieux. Aux confins de l'Africa romaine. Tozeur (l'ancienne Thusuros) vit défiler les légions des Césars; parties de Gabès. les troupes romaines goûtaient la fraîcheur de l'oasis avant de gagner Nefta. Capitale de la région du Djérid (Bled el Djérid), Tozeur s'urbanise rapidement. Voitures et camionnettes sillonnent ses ruelles sablonneuses, et des antennes de télévision piquettent ses toits ocre, mais ces concessions au progrès n'entament en rien les vieilles traditions.

Observez les édifices: vous remarquerez d'étonnants motifs géométriques, modelés dans la brique crue. Chaque maison, boutique ou café présente ce style de décoration propre à la région. Dans les échoppes à souvenirs, nattes et tapis bariolés attestent une même particularité: ornés de personnages ou d'animaux stylisés, ils surprennent dans une ville musulmane (l'islam interdit, en effet, ces représentations graphiques). Des femmes voilées se hâtent vers le marché jouxtant la poste; mêlés aux Tozeuriens, les villageois des environs s'arrachent les degla en-nour (dattes succulentes, dites «doigts de lumière»), que vous pourrez acheter au kilo ou par régimes entiers.

Bondées dès le matin, les terrasses de cafés de la place centrale font d'excellentes affaires. Mais au plus fort de la canicule, Tozeur se vide, et toute activité cesse. C'est alors que vous apprécierez l'air conditionné et la piscine de votre hôtel. A moins que vous n'en profitiez pour explorer l'oasis, dont les 200000 palmiers, irrigués par le Ras cl Aïoun, couvrent près de 1000 hectares.

La roule de Tozeur à Nefta longe un aéroport moderne, puis s'enfonce dans un paysage de plus en plus désolé: la steppe se resserre. De la crête dominant Nefta, vous discernerez les efflorescences salines du Chott el Djérid: scintillant de mille feux, dégageant une chaleur intense, le chott suscite maints mirages.

Aucune localité tunisienne, à vrai dire, ne correspond. comme Nefta, à l'idée qu'on se fait d'une oasis. De l'émincnce qui porte l'agglomération. le regard plonge vers la dépression colonisée par une immense palmeraie et irriguée par de nombreuses sources. Cette magnifique «corbeille» de palmiers, comme on l'appelle, recèle des jardins luxuriants et embaumés, qui raviront le voyageur tout surpris de découvrir, en plein désert, une telle opulence. Dattes, figues, bananes, grenades, cent légumes et mille fleurs mêlent ici leurs senteurs. Et il n'est pas jusqu'au mot d'oasis qui ne se pare d'une signification et d'une dimension nouvelles, lorsqu'on a parcouru la palmeraie de Nefta...

Vénérée depuis longtemps pour ses nombreux marabouts (tombeaux de saints) et ses... 24 mosquées, Nefta attire de nombreux pèlerins.