Kairouan



Ville sainte, ancienne capitale de la dynastie aghlabide. Kairouan émerge soudain d'une plaine désertique et poussiéreuse, telle une tache ocre, éclaboussée de lumière. Aucun circuit en Tunisie ne serait complet sans la visite de cette cité hautaine, pétrie d'histoire. Des autocars quittent Tunis toutes les heures à destination de Kairouan (le trajet demande deux heures); vous pourrez aussi participer à une excursion organisée.

Peu de villes suscitent autant de dévotion que cette «Mecque» du Maghreb, associée aux grandes heures de l'histoire arabe. Surgie de la steppe en 671 par la volonté d'Oqba ibn Nafi. propagateur de l'islam en Afrique du Nord, la cité échappa aux influences païennes et chrétiennes. En lui donnant son nom (Kairouan. en arabe signifie «place forte»).

Oqba dévoilait ses intentions: faire de la nouvelle capitale du Maghreb un bastion de l'islam. Et la casbah s'entoura de remparts imprenables.

Bardée de hauts murs et de ' portes massives, la Grande Mosquée, premier monument de la ville, évoque elle-même une forteresse. Contrairement à toute attente, l'édifice n'est pas totalement fermé aux «Infidèles»: il suffit d'acquérir un laissez-passcr. moyennant un droit modique, auprès du Syndicat d'Initiative pour franchir l'enceinte du saint lieu.

Tel que vous le verrez, l'édifice date du IXe siècle. Admirez sa grande cour dallée de marbre et ceinte d'une splendide colonnade. Malheureusement, la salle de prière, avec son fastueux mihrab (niche tournée vers La Mecque) et ses somptueuses colonnes de porphyre, reste interdite aux non-musulmans. Mais les abords de la mosquée ne manquent pas d'intérêt; en logeant le mur est - en fait, le flanc gauche de la salle de prière -, vous découvrirez la porte de Lalla Rihana, la plus belle de toutes celles que comporte l'édifice.

Face à l'entrée de la Grande Mosquée, le petit musée d'Ibrahim ibn Aghlab présente quelques collections intéressantes (bijoux, céramiques et monnaies), liées au passé islamique de la ville.

Dans la foulée, poursuivez votre exploration des mosquées kairouanaises. La zaouïa de Sidi Sahab (ou mosquée du Barbier), célèbre pour ses faïences délicates et ses stucs ciselés, doit son nom à un fidèle compagnon de Mahomet. Ce disciple, rapporte la légende. ne se séparait jamais des trois poils de barbe que lui avait donnés le Prophète (c'est la raison pour laquelle on le surnomma «le Barbier»). Vous verrez son tombeau dans la zaouïa. accessible sur présentation de l'autorisation délivrée pour la Grande Mosquée. Autre édifice vénéré, situé près du centre. la Djainâ Tleta Bibane (mosquée des Trois-Portes), qui date de 866.

De flânerie en flânerie. Kairouan multiple les sujets d'é-tonnement. Insolites dans ce paysage aride, les bassins des Aghlabides, vastes réservoirs circulaires à ciel ouvert, alimentent la ville en eau depuis le IXe siècle. Situé dans une modeste construction, au cœur des souks, le Bir Barouta (puits de Barouta). où peine un chameau aux yeux bandés, approvisionne la médina depuis trois siècles ou presque.

Penché sur son passé. Kairouan, sanctuaire de l'islam, n'en vit pas moins avec son temps et les nécessités de l'heure. Ressource traditionnelle, l'artisanat du tapis a opté pour la formule coopérative, mais vous verrez encore de petits ateliers indépendants. Passé l'enceinte de la médina, promenez-vous dans les souks. Partout, ce ne sont que tapis aux couleurs chatoyantes, aux motifs raffinés. Toutes portes ouvertes, les tisseuses s'activent sur leurs métiers primitifs; au coin des ruelles sèchent les écheveaux de laine dans rat-tente de l'acheteur. A quelques mètres en dehors de la Bab Tounes (porte de Tunis), un potier expose jarres et amphores. Dans une cour envahie par les créations du maître, d'énormes vases côtoient de minuscules pots, sans doute destinés à la «dînette» des petites Kairouanaises. Plus lard, quand viendra l'heure de fonder un foyer, les fiancées, un peu nostalgiques, sans doute, parcourront ces mêmes rues. Vous croiserez peut-être lïin de ces joyeux cortèges nuptiaux; autos et camionnettes chargées de parents et de musiciens, escortant bruyamment la mariée jusqu'à son nouveau domicile, sous les flonflons d'un orchestre local. Cité du désert, Kairouan évoque, paradoxalement, un jardin d'Lden: oranges et figues, dattes, grenades et raisins encombrent les étals des souks. Littéralement assaillis, les marchands de maqroudh -ces friandises à la semoule, fourrées à la pâte de datte et imbibées de sirop - croulent sous les sollicitations. Achetez un kilo de maqroudh et offrez-en aux enfants qui passent en vous saluant: vous ferez des heureux! (Une demi-douzaine de ces beignets du désert revient à moins de 200 millimes.)