Guide Tunisie

Phéniciens et Romains ne s'étaient pas trompés sur cette terre généreuse que le moindre filet d'eau transforme en un jardin d'Eden. Doigt tendu vers la Sicile, le cap Bon. ourlé d'un sable blanc qui n'en finit pas d'épouser la mer, n'est que citronniers, oliviers et bosquets fleuris. Dans les criques du nord, refuge des pirates d'an-tan, dansent des barques de pêche. Plus à l'ouest, aux abords de l'Algérie, la nature facétieuse se livre à mille jeux: on pêche le corail à Tabarka, aux portes d'une Khroumirie envahie de chênes-lièges.Célèbre depuis les «années folles», Hammamet pourrait n'être qu'une «usine à vacances». Des promoteurs esthètes ne l'ont pas permis, bannissant résolument les tours et autres «marinas-pieds-dans-1'eau». Et si les hôtels se dressent en rangs serrés, le béton, ici. garde une âme, léché par les glycines et les bougainvillées. Frangeant le Sahel, Sousse et Monastir, touristiques mais non vénales, cultivent leur passé: dans les médinas glissent toujours, furti-ves, des silhouettes voilées. Proche de la Libye, Djerba. légendaire pays des Lotophages. reste l'île enchanteresse qui séduisit Ulysse. (Gustave Flaubert, oubliant ici les horreurs de Salammbô, devait un jour écrire: «L'air est si doux qu'il empêche de mourir...»)

le desert de Tunisie

D'autres épicuriens succombèrent aux charmes de ces contrées: les Phéniciens, qui fondèrent Carthage aux portes de factuel Tunis, jetant ainsi les bases d'un immense empire méditerranéen. Mais, bientôt, Rome lancera, par-delà le détroit de Sicile, ses légions contre l'ennemi punique (phénicien) et anéantira l'orgueilleuse Carthago. Six siècles durant, l'Africa sera romaine et florissante.

A la moisson, mille chameaux, chargés de grain, gagnent chaque jour la capitale. Poisson, oranges et dattes garnissent les tables patriciennes, et le vin coule à flots. Les nouveaux maîtres du pays, en retour, ne se montrent pas ingrats: ils développent l'agriculture, tracent des routes, bâtissent des villes, des aqueducs, des temples. L'art romain s'épanouit dans ce cadre privilégié et produit d'admirables mosaïques, hymnes à la Nature glorifiant la moisson, les vendanges, la chasse et la faune.

Vandales et Byzantins, Arabes. Normands et Turcs fouleront à leur tour le sol tunisien. Tous vont se heurter aux Berbères, peuple fier et indépendant, installé ici depuis des temps immémoriaux.

La France, dernière puissance occupante, y restera juste 75 années. Une longue présence dont ne témoignent pas seulement quelques bonnes routes, des hôpitaux et des écoles. L'influence française reste encore perceptible ici dans les moindres manifestations de la vie courante. Et le français se taille toujours une place de choix, surtout sur les menus. Après avoir dûment savouré un couscous ou un tajine mémorable, vous pourrez toujours en revenir au chateaubriand si vous y tenez. Même si le premier serveur venu connaît au moins quelques mots de la langue de La Fontaine, vous vous ferez un ami pour le restant de votre séjour si vous faites le petit effort d'aligner ne serait-ce que quelques mots de remerciements en arabe.

Si charters et car-ferries déversent, sans désemparer, leur flot de touristes, cela n'émeut guère le Tunisien d'aujourd'hui. Après tout, il ne s'agit, cette fois, que de partager ce dont Allah s'est montré si prodigue: du soleil et du sable chaud. Mais le mot d'ordre des «festivaliers» de Tabarka - qui refusent de «bronzer idiots» -devrait primer au pays de Di-don...

Explorez donc les oasis et les glwrfas. ces curieux greniers berbères, en nid d'abeilles. Il vous restera toujours assez de temps pour visiter un ribat. ancien refuge des moines-soldats de l'islam, ou pour flâner dans l'arrière-pays, aux confins du désert. La chaleur vous accable? Entrez dans un café maure ou installez-vous à une terrasse: dégustez, sans hâte, votre thé à la menthe. Désaltéré, plongez-vous dans le tohu-bohu des souks: mêlée aux relents de cuir. l'entêtante senteur des épices assaillera vos narines. Rutilance des cuivres, des bijoux, chatoiement des mergoums: le plus dur sera de résister, la tentation surgissant à chaque pas!

Le dédale vous a aspiré; peut-être cherchez-vous, en vain, la sortie. Faites alors confiance au petit «guide» qui s'offrira à vous conduire. Parvenu à destination, vous le remercierez d'une piécette ou de quelques bonbons.

Le soleil - ici. il brille 300 jours par an - vous tiendra lieu de montre! Alors, découvrez et vagabondez au gré de votre fantaisie. Allez à la rencontre des Tunisiens: aimables, hospitaliers, ils vous en sauront gré.