La lutte pour l'indépendance

Tant d'années d'occupation ont appris aux Tunisiens, en effet, à assimiler les mœurs européennes. Beaucoup se sont instruits, et parlent un français irréprochable. Mais l'Administration les écarte des postes à responsabilités. En bref, la Tunisie est virtuellement mûre pour l'indépendance.

Le premier mouvement de libération nationale apparaît en 1881. Tannée même de la signature du traité du Bardo. Vingt-six ans plus tard naît le Parti des Jeunes-Tunisiens, pro-révolutionnaire. Mais en 1911. à la suite d'un soulèvement sanglant (l'incident du Djellaz). nombre de Tunisiens se rallient au mouvement nationaliste. Manifestement, la cause de l'indépendance ne cesse de gagner des adeptes dans toutes les couches de la population.

La Grande Guerre paralyse toute action militante en Tunisie; Tannée 1920 verra, cependant, la création du Parti constitutionnel libéral (Destour).

Objectif de la nouvelle formation: obtenir, progressivement et sans violence (et en collaboration avec la France), une autonomie toujours plus grande. Une tentative qui. sous le poids des inerties, sera vouée à l'échec.

Or. en 1927. un jeune et brillant avocat. Habib Bourguiba, rentre au pays. Il vient d'achever ses études à Paris, et, en francophile convaincu, sympathise d'abord avec le Destour. Mais il ne tarde pas à réaliser que l'évolution souhaitée ne s'accomplira pas sans luttes. La presse tunisienne lui ouvre ses colonnes et devient sa meilleure alliée. En 1934, Bourguiba et quelques amis fondent le Néo-Destour. La même année, le jeune leader est arrêté pour agitation politique et condamné à trois ans de détention.

La Seconde Guerre mondiale éclate. La capitulation de la France, en juin 1940. précipite la Tunisie dans le conflit, alors que les Alliés et les puissances de l'Axe vont se disputer l'Afrique du Nord et la Méditerranée. Quand les Alliés, commandés par Eisenhower. débarquent en Afrique du Nord, en novembre 42. les Allemands et les Italiens s'emparent de la Tunisie: contrôler ce pays est vital pour eux, car Rommel prépare une percée vers Test, en direction du canal de Suez. Anglo-Américains et Allemands se livrent dans toute la région des combats acharnés, mais les Alliés l'emportent en mai 1943.

Entre-temps. les forces de l'Axe ont recherché - en pure perte - l'appui de Bourguiba. En 1945, convaincu qu'aucune concession majeure ne sortira des négociations avec la France, le «Combattant suprême») quitte la Tunisie pour Le Caire, où il fonde un Comité pour la Libération du Maghreb. Voyageur infatigable, il se pose partout en champion de l'indépendance. En 1948, le voici brillamment élu président du Néo-Destour. Conscients qu'ils doivent désormais compter avec lui, les Français l'invitent à Paris. Des pourparlers s'y déroulent, qui devraient déboucher sur l'autonomie de la Tunisie. Rien n'est gagné pour autant: malgré ses promesses, la France temporise. En guise de riposte, les militants s'organisent et passent à l'action armée. Rentré dans son pays. Bourguiba sera placé, deux années, en résidence surveillée.

Exaspérés par cette arrestation, ses partisans se soulèvent, et les heurts sanglants se multiplient. De leur côté, les colons de Tunisie s'opposent violemment à toute concession de la part de Paris. Vaine résistance, puisqu'en 1954 le gouvernement Mendès-France reconnaît publiquement le droit des Tunisiens à l'autodétermination. L'année suivante. Bourguiba et Edgar Faurc (devenu entre-temps président du Conseil) signent un accord garantissant l'autonomie interne de la Tunisie. Le «Combattant suprême» rentre alors à Tunis, où il est accueilli en triomphateur. Un an plus tard, le pays est totalement indépendant. (Pourtant, la France conservera sa base de Bizcrte jusqu'en 1963.)

En avril 1956 - et bien qu'un bey gouverne toujours légalement le pays -, le leader tunisien est élu président du Conseil. A la déposition du bey (1957). la République est proclamée, et Bourguiba en devient le premier président. Parfaite incarnation de l'idéal national, il exercera quatre mandats - à la suite d'élections triomphales - et sera finalement élu président à vie. Le rêve millénaire d'une 'Tunisie libre s'est enfin accompli...