L'empire arabe

Disscminées dans le désert d'Arabie, quelques tribus sémites rêvent de conquêtes et de domination. Elles s'entredéchirent depuis des siècles, mais leurs rivalités cessent lorsque apparaît le prophète Mahomet. Les <<frères ennemis» vont alors s'unir, régler leurs différends et fonder la communauté de Vis-lam (ou «soumission à la volonté divine»).

Tout va commencer lorsqu'un ancien marchand du nom de Mahomet reçoit la révélation du Coran. Mahomet s'est toujours montré enclin h la prière et à la réflexion. Il se retire souvent dans une grotte, à la montagne, afin d'y méditer. C'est au cours d'une telle retraite, en 610, qu'il entend la voix d'Allah prononçant distinctement cet ordre: «Ecris!». Le Prophète se met alors à la tâche et rédige l'œuvre maîtresse qui va modifier le destin du monde arabe. Tout un peuple y puisera désormais son inspiration, et fera du Saint Livre son guide moral et juridique. A la mort de Mahomet. en 632, ses disciples lui désignent un successeur: un pieux musulman, qu'ils choisissent comme calife.

Armés de l'épée de la Foi, les combattants arabes se mettent alors en route. En un siècle.

de 634 à 732, ils conquièrent, au nom du Prophète, tout le Moyen-Orient (Perse comprise), l'Afrique du Nord. l'Espagne et une partie de la <<Francie>>.

Ces guerriers de la première heure comptent dans leurs rangs un combattant exceptionnel: Oqba ibn Nali, futur maître du Maghreb*. Avec la bénédiction du calife régnant, Oqba s'empare de VIfriqiya (l'ancienne Africa romaine). En 671. négligeant Carthage. ville infidèle, il fait de Kai-rouan sa capitale, et jure d'en faire la citadelle de l'islam.

Il poursuit sa route en direction de l'ouest. Parvenu aux rives de l'Atlantique, il invoque Allah et le prend à témoin: il ne reste plus un seul infidèle à convertir, plus un pouce de terre à conquérir. Islamisé dans sa totalité, e Maghreb ne connaîtra plus d'autre foi.

Pourtant, administrer ces nouveaux territoires n'ira pas sans mal. Né d'un petit Etat d'Arabie, l'Empire musulman s'est soudainement enflé, se muant en une entité complexe. Chacune des nombreuses ethnies peuplant les fiefs

arabes possède sa propre langue, ses propres traditions (islamiques ou non), et les défend farouchement. Implantés au nord du Sahara depuis des temps immémoriaux, les Berbères se montreront particulièrement peu disposés à adopter les us et coutumes arabes.

A peine Oqba a-t-il envahi VIfriqiya qu'il se heurte à une tribu berbère de confession juive. Les insurgés, dirigés par la Kahina (la Prophétesse). reconquièrent une grande partie du territoire. Les Arabes mettront cinq ans à mater la rébellion: ils se vengeront en exécutant la Kahina. dont la tetc sera envoyée au calife, alors à Damas.

Entre-temps, Carthage est tombée en ruine. En 698. les Arabes commencent à édifier Tunis, qui devient bientôt le bastion septentrional du pays.

La conquête arabe, en un sens, marquera assez peu la Tunisie. Bien que l'islam soit adopté par la plupart des Tunisiens, et que l'arabe se soit imposé comme langue principale, la culture, les traditions, voire la population elle-même, sont le reflet d'un cosmopolitisme étonnant. Et si les armées d'Allah inondent le pays, elles ne seront nullement suivies par des hordes de colons. Aussi la Tunisie continuera-t-elle à se présenter comme une mosaïque ethnique où se côtoieront

Berbères, Carthaginois. Romains, Vandales. Byzantins (sans parler des Arabes), également réfractaires à toute domination étrangère.

Dès le VIIIe siècle, gagnés par col esprit d'indépendance. les dignitaires locaux se rebiffent contre l'autorité centrale. Nommé gouverneur de Tunis par le calife de Bagdad. Ibrahim ibn Aghlab se proclame ainsi prince indépendant; et c'est en toute autonomie qu'il administrera la Tunisie, la Sicile, la Sardaigne. Malte et une partie de l'Italie méridionale. Ses descendants - les Agh la bides - établissent un gouvernement légal (800-909). restaurent la Grande Mosquée de Kairouan. et assurent à la Tunisie une relative prospérité. Mais l'ordre ne pourra régner longtemps sur ce vaste territoire. Venus d'Egypte, les Fati-mides vont balayer les Aghla-bides. Une troisième dynastie, celle des Zirides. subira le même son: elle sera renversée par de farouches nomades. les Béni Hilal.

Au milieu du XIIe siècle, la puissante famille des Almo-hades. installée à Marrakech, quitte son fief de l'Ouest pour conquérir le reste du Maghreb. Son règne, empreint de rigorisme coranique, durera soixante-dix ans. et la Tunisie y gagnera prospérité et stabilité politique.

Rompant à son tour avec l'Empire almohade, un gouverneur parviendra à affermir son autorité: il fondera la dynastie des Hafsides (1228 1574). qui prendra Tunis pour capitale. Grandeur et munificence caractériseront leur règne. Bâtisseurs émérites, les Hafsides doteront Tunis de ses deux plus célèbres collèges (médersas). C'est à eux qu'on doit aussi le souk des Parfumeurs (Anarine) et celui des Drapiers (Koumach), entre autres. En 1270. les Croisés, conduits par Saint Louis, tentent de renverser le grand Abu Abdallah al-Mustansir (1249-1277), «commandeur des Croyants». Mais les musulmans l'emportent, tandis que Saint Louis meurt de la peste à Tunis.